Historique de la Grange dite "Ancienne Cure", par Pascal Borderieux

Etude de Monsieur Pascal Borderieux, Archives Municipales et Communautaires, 18/09/2008

 

 



Problématique générale
:

 

1°) Quelle est l'origine de « l'enclavement » de l'église avec le groupe de bâtiments dits de l'ancienne cure ?

2°) Quel ancrage patrimonial peut on accorder à cet « enclavement » ?

 

« L'enclavement » : le constat général

 

La réalité d'un « enclavement » - L'ancienne grange touche de près le porche principal en englobant même l'angle Sud Ouest de l'église. La grange, sans nul doute, a été construite et reconstruite, bien évidemment, après l'église et son porche d'entrée en appuyant même une poutre sur l'archivolte ! Les bâtiments devant l'entrée de l'église ne sont pas homogènes dans leur construction. Le plus intéressant date du XVIIIe siècle (le premier sur notre gauche en entrant). Les autres étalent leur construction de la seconde moitié du XIXe siècle au début du XXe siècle.

 

La réalité d'un « enclavement » ancien. L'atlas cadastral (le plan section B) datant de 1833 atteste sans ambiguïté qu'un bâtiment (presque identique ou précédant à la grange actuelle) touchait l'église à cette date (mais sans prendre tout l'angle Sud Ouest de l'église). On peut supposer que cet « enclavement » s'est produit au début du XIXe siècle. Il apparaît donc ancien.

 

Les origines historiques de « l'enclavement »

 

« L'enclavement » tire certainement son origine de la vente des biens nationaux à la Révolution française et peut très bien expliquer le résultat de cette « promiscuité ».

 

1°) Des terrains à vocation religieuse

L'atlas cadastral de 1833 montre des bâtiments devant l'entrée de l'église et près du qualificatif de vignes de la cure. De plus, le terme « chanoinerie » donné au plus vieux des bâtiments s'explique certainement par le fait que la cure de Targé dépendait jusqu'en 1790 du prieuré Saint- Romain et de la collégiale de Notre Dame de Châtellerault dont les religieux étaient des chanoines. Toutefois, il est difficile de préciser si le terme « cure » dans l'atlas fait allusion à l'ancienne cure occupée à l'époque du prieuré ou l'ancienne cure utilisée en 1820 dans la chanoinerie ?

 

Conclusion : Initialement les terres et les bâtiments devant et tout proches de l'église faisaient certainement partie de l'ensemble des possessions de la cure de Targé sans préciser s'ils correspondaient effectivement à la cure du curé avant la Révolution.

 

2°) Le poids du bouleversement révolutionnaire

 

Si le curé de Targé HESNIN (1757-1793) apparaît favorable aux changements politiques à la Révolution, il semble que la vie paroissiale s'arrête à partir de 1793 et ne reprend qu'à partir de 1803 avec un nouveau curé, l'abbé BLAIN.

 

Entre temps, les terres et les bâtiments de la cure ont dû être vendus comme bien national (à un seul ou plusieurs propriétaires ?). Cela peut expliquer grandement le fait que désormais la limite des propriétés viennent toucher l'église y compris le porche sans considération de passage de servitude, semble t'il guère utilisé à la fin du XVIIIe siècle.

 

Conclusion : Vente comme bien national de l'ancienne cure et fermeture temporaire de l'église ont permis la « privatisation » des terrains et bâtiments tout proches et devant de l'église à la fin du XVIIIe siècle mais suppose une situation originelle (à vérifier) d'un ensemble immobilier homogène (église et ancienne cure d'avant 1793 ou vendue en 1820).

F Ces hypothèses méritent une vérification par la consultation des dossiers de biens nationaux auprès des Archives départementales.

Comme convenu, le résultat des recherches plus approfondies sera rendu en novembre 2008.

 

Les permanences de « l'enclavement » et la « promiscuité »

 

La fin de l'épisode révolutionnaire n'a pas ramené à une situation immobilière antérieure et a installé définitivement la séparation entre ce qui appartient au domaine public et ce qui demeure du domaine privé.

 

1°) La situation des domaines privé et public en 1833 campe le « décor »

 

L'atlas de 1833 apporte toujours des renseignements fondamentaux sur ce qui a pu perdurer de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au premier tiers du XIXe siècle : la séparation définitive entre l'église et son ancienne cure, la « promiscuité » durable entre un domaine public et un domaine privé.

 

Le domaine public. L'église et le cimetière (actuelle place devant l'entrée latérale de l'église) appartiennent à la commune en 1833 et certainement depuis l'époque révolutionnaire.

 

Le domaine privé. Tous les bâtiments et la cour formant un carré devant l'église appartiennent, en 1833, à un seul et même propriétaire qui habitait Châtellerault, MESLIN BOINARD. Est ce qu'il y a toujours eu un seul propriétaire depuis la vente des biens nationaux ?

 

2°) Les raisons de cette permanence immobilière

 

Les régimes politiques suivants (Premier empire et Restauration) ont préservé comme principe fondamental de la liberté individuelle, le droit absolu et intangible de propriété (Cf. le code civil de 1804). Ainsi tous les biens acquis à la Révolution y compris ceux venant du clergé ont été conservés par les particuliers. Ce qui explique l'attachement des français aux principes révolutionnaires.

 

La seule solution d'un retour au clergé local aurait été que le curé de Targé achète comme bien national la cure. Beaucoup de nobles et certains membres du clergé ont pu réaliser de telles  opérations en France. Il ne semble pas que le curé HESNIN ait pu ou voulu faire ce choix.

 

3°) La division  immobilière définitive de l'ancienne cure à partir du milieu du XIXe siècle

 

Le commencement de la division en plusieurs propriétaires apparaît en 1851 avec le propriétaire suivant de MESLIN BOINARD, Alphonse TREUILLE qui habitait aussi Châtellerault. Il y aura toujours au moins deux propriétaires se partageant les bâtiments et la cour de l'ancienne cure. Cette division complique le devenir de ce secteur. Il y aura même un employé de la Mairie de Châtellerault qui sera propriétaire de bâtiment, cour et vigne de 1854 à 1869 !

 

Cette division n'a pas empêché de nouvelles constructions ou augmentations de construction dont trois ont pour maître d'ouvrage la famille HYVONNET. La famille HYVONNET dans les personnes de Jean, le père (qui semble avoir été conseiller municipal de Targé au milieu du XIXe siècle) puis Auguste, a été propriétaire de la partie qui jouxte l'église de 1854 à 1913 (par déduction suite au contentieux de 1897 sans que l'on puisse mieux localiser), a exercé la profession de maçon, et semble avoir habité dans les bâtiments de l'ancienne cure. Ils ont effectué au moins trois nouvelles constructions mais qu'il n'est pas possible de localiser précisément : en 1853, en 1858, en 1875. L'absence de documents postérieurs et de consultation, pour l'instant ne permet pas de connaître les autres modifications éventuelles de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

 

De quand date l'occupation effective et aggravée du bout du coin de l'église est difficile à préciser : avant 1833, de 1854 à 1875, en 1897 ?

 

4°) L'affaire « clochemerlesque » de 1897.

 

Une délibération du 6 juin 1897 dévoile de façon laconique un contentieux certainement plus lointain. Les paroissiens par la voie de leur instance, le conseil de fabrique mais aussi le Conseil municipal sont défavorables au « statu quo » de la promiscuité ente l'église et une grange manifestée par les intérêts privés de l'entrepreneur HYVONNET (Cf. Targé mon village, p. 66).

 

Le conseil de fabrique a voulu intenter un procès à l'entrepreneur HYVONNET pour contester qu' « une grange, une écurie et un fenil occupent par un bout tout un coin de l'église ». Le conseil municipal a donné son soutien moral au projet du conseil de fabrique sans lui apporter une aide matérielle. On peut supposer que l'affaire en soit restée là (Délibération du 6 juin 1897)

 

Ce contentieux éclate officiellement en raison la présence attestée de l'occupation d'un bout d'une grange sur l'archivolte de la porte principale de l'église en raison certainement de la poursuite de travaux privés qui aggrave cette « promiscuité », cet « enclavement » ! (Cf. Targé  mon village p. 21) . L'occupation sur l'église est plus importante sur le cadastre actuel que celui de 1833. On peut supposer que le projet de translation du cimetière vers son emplacement actuel qui date aussi de 1897, ait été l'opportunité supplémentaire pour les paroissiens d'élargir leur projet de libérer l'espace autour de l'église.

 

Conclusion : La crise mise à jour en 1897 permet de prouver les intérêts divergents, lointains et durables du privé (Famille HYVONNET) et du public (les paroissiens et le Conseil municipal). Il prouve l'existence de l'occupation d'un coin d'une grange. Il ancre dans l'histoire la revendication contemporaine de libérer l'accès de l'entrée principale de l'église.

F Ce début de contentieux mérite d'être étudié davantage en consultant les archives du conseil de fabrique pour mieux comprendre et dater cette « promiscuité », en recherchant les modifications de construction avant et après 1913 qui aggravent l'occupation.

Comme convenu, le résultat des recherches plus approfondies sera rendu en novembre 2008.

 

Conclusion temporaire et transitoire : Il y aurait deux périodes et deux situations pour le secteur dit de l'ancienne cure et de l'église.

 

La première période dite originelle (c'est à dire la plus ancienne) correspond à un ensemble immobilier homogène avec au moins l'église et le bâtiment dit de la chanoinerie sans que l'on puisse se prononcer encore sur sa présentation exacte (autres bâtiments près de l'église notamment ?). Il semble acquis, malgré l'absence présente de sources et de recherches approfondies, que les bâtiments dits de l'ancienne cure aient bien été la cure attenante et appartenant à l'église.

La seconde période qui débute dès la Révolution française explique de façon globale la situation actuelle « d'enclavement » et de « promiscuité » par la vente aux intérêts privés  des terrains très proches de l'église. La date du début et les étapes précises de cet « enclavement » assez lointain méritent d'être précisés.




Sources

Archives de la commune de Targé : délibérations du Conseil municipal, série D, atlas cadastral, état de section et matrices cadastrales (1833-1888), série G.

Targé, mon village, Association d'animation de Targé, 1994.

Dictionnaire topographique de la Vienne, Louis Rédet, 1881

Histoire de Châtellerault, Alfred Hérault, tome IV, 1928.

Nouvelle république, « Victime d'un avalement de façade », par Jacques Arfeuillère, 07/05/2001

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